Archives de May, 2012

Comment joindre de nouveaux amateurs de jazz

Le 25 mai 2012 ; mise à jour : le 4 juin 2012 

Je suis un amateur de jazz et plus particulièrement de jazz traditionnel (Armstrong, Ellington, Coltrane, Peterson, Jones, Holiday…), ce qui ne veut pas dire que j’ignore les “nouveaux” venus (Marsalis, Redman, Eastwood, Carter, etc.). J’ai même une affection particulière pour les big bands. C’est donc avec intérêt que j’ai lu ce billet qui porte sur la capacité du jazz de joindre de nouveaux publics. Le point de vue de l’auteur est pour le moins défaitiste. Il prétend que l’écoute du jazz est à ce point exigeant qu’il ne peut séduire de nouveaux adeptes. Il recommande donc que le jazz s’arrime davantage à la musique populaire (rock, hip-hop, rap, etc.) pour trouver d’autres publics.    

Cette solution est intéressante, mais elle n’est pas nouvelle. Récemment, Paul McCartney s’est associé à Diana Krall pour la production de son premier album jazz. Wynton Marsalis a produit un album de jazz et de blues avec Willie Nelson. Puis, ça fait un bout de temps c’est vrai, Frank Sinatra a endisqué avec Count Bassie. Ce ne sont là que quelques exemples.   

Je suis d’accord avec les solutions qui rendront le jazz plus populaire, mais malgré certaines perceptions, le jazz demeure une musique bien vivante qui se renouvelle constamment. Il y a un public qui s’y intéresse. Le succès des festivals de jazz en témoigne. Les foules y sont souvent très diversifiées, en âges et en origines. Et il existe aussi du côté des médias des stations de radio et des magazines voués uniquement au jazz. 

Mais comment convertir de nouveaux amateurs à ce genre musical ? La première responsabilité à cet égard revient aux gens qui, comme moi, adorent le jazz. Nous devons partager notre passion pour cette musique avec les gens qui nous entourent en leur faisant découvrir nos artistes préférés, en les invitant à nous accompagner à un concert ou à un festival.

Puis, les diffuseurs doivent introduire le public aux artistes et aux différentes facettes du jazz. Ce devoir leur incombe, simplement parce que les artistes qu’ils accueillent ne jouissent pas toujours d’une visibilité comparable à celle de leurs pairs actifs dans la musique rock ou populaire.

Enfin, les festivals de jazz (et les diffuseurs) doivent garder contact avec leurs adeptes tout au long de l’année pour les informer de concerts et d’actualités susceptibles de les intéresser, afin d’assouvir leur passion pour cette musique et pour les artistes qui la créent et l’interprètent. Ce faisant, les festivals et les diffuseurs se doteront de communautés d’amateurs de jazz qui les suivront et s’intéresseront à chacune de leurs activités.  

Voilà quelques idées en réponse au billet dont j’ai parlé précédemment. Les vôtres sont toujours les bienvenues !

Note : Je vais participer la semaine prochaine au Forum de la francophonie canadienne 2012, à Québec. J’agirai à titre de personne-ressource à un atelier sur la circulation et la diffusion de la culture francophone dans l’univers du numérique. Je vous en parlerai à mon retour au bercail. Donc, pas de nouveaux billets sur mon blogue pendant quelques jours.

Mise à jour : Un projet de recherche s’amorce aux États-Unis afin de développer des stratégies qui auront pour but de promouvoir le jazz auprès de nouveaux publics. Le projet sera piloté par des sommités en la matière, dont Alan S. Brown et mon ami Jerry Yoshitomi. Il comprend trois étapes :

  1. Comment influencer les perceptions que les gens ont du jazz.
  2. Apprendre à mieux connaître les adeptes de jazz et développer des “outils” pour joindre de nouveaux publics parmi les amateurs de musique.  
  3. Création d’une communauté de pratique réunissant les intervenants de l’univers jazz pour définir et entreprendre des activités communes de développement de publics.  

Le projet s’étirera sur presque deux ans (ça me semble un peu long, mais bon !). Je tâcherai de vous tenir au courant des progrès de cette initiative.

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Denis J. Bertrand

 

Ma première chronique pour la Conférence canadienne des arts

Le 24 mai 2012

Je rédige une chronique mensuelle sur le développement de public pour les arts pour Le Magazine, le bulletin électronqiue de la Conférence canadienne des arts. Vous pouvez y accéder en cliquant ici

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Denis J. Bertrand

 

La nature de votre programmation peut avoir un impact sur votre capacité de joindre de nouveaux publics

Le 24 mai 2012

Je respecte toujours les choix artistiques de mes clients. Je sais que je m’adresse à des personnes compétentes qui doivent concilier à la fois les mandats de leurs organismes, leurs intérêts artistiques, les attentes du public et les exigences des bailleurs de fonds lorsqu’ils développent leurs programmations. Et je suis d’avis qu’il y a un public pour presque tous les produits, aussi étendu ou limité soit-il. Ce n’est que lorsqu’un client me dit qu’il veut joindre des nouveaux publics en particulier (les jeunes adultes ou des membres de communautés culturelles, par exemple) que nous prenons le temps de discuter plus longuement de sa programmation. Il peut être parfois difficile de capter l’intérêt de nouveaux consommateurs en continuant d’offrir le même genre de produits. Par exemple, peu de personnes âgées se rendent dans les cinémas pendant la période estivale pour y voir des films de super-héros ou à effets spéciaux. De tels longs métrages s’adressent nettement à un public plus jeune. Mais lorsqu’un film à l’affiche met en vedette des comédiens aguerris et raconte une histoire susceptibles de plaire aux 60 ans et plus, ces derniers n’hésitent pas à se déplacer. C’est un constat que Hollywood vient de dresser. Voilà donc matière à réflexion pour les diffuseurs et les producteurs soucieux de joindre de nouveaux publics. Ainsi :

  • Prenez le temps de consulter des membres des “nouvelles” clientèles que vous visez. Apprenez-en davantage sur leurs intérêts et leurs attentes à votre égard.
  • Questionnez-les sur les meilleures façons d’aborder leurs pairs.
  • Si vous consultez les gens, ils s’attendront à des actions de votre part. Si vous n’êtes pas prêts à faire des changements, laissez tomber. Autrement, prenez les décisions qui s’imposent, y compris en matière de programmation.

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Denis J. Bertrand

 

Votre premier allié en développement de public : votre conseil d’administration

Le 23 mai 2012

Presque toutes les directions générales, administratives et artistiques que je rencontre me disent qu’elles sont très satisfaites du rendement de leurs conseils d’administration (CA). Les personnes qui y siègent sont charmantes et bien intentionnées. Puis, lorsque je leur demande quel rôle jouent-elles lors de la mise en oeuvre de stratégies de développement de public ou de ventes d’abonnements, de billets ou de produits, leurs réponses sont moins claires.

Votre conseil d’administration est votre premier allié en toute chose, surtout en matière de développement de public. Il est inacceptable que des membres de CA n’assistent pas à la majorité de vos activités, ne sont pas abonnés, ne consomment pas ou peu vos produits ou ne vous aident pas à atteindre vos objectifs de ventes. À quoi servent-ils alors ?

Je vous formule donc les recommandations suivantes pour vous doter d’un CA vraiment efficace :  

  • Vos membres doivent bien comprendre et adhérer à la raison d’être de votre organisme et à ses orientations courantes et futures en participant, entre autres, à la préparation ou à la mise à jour de votre planification stratégique. 
  • Votre CA doit être représentatif des clientèles que vous desservez et que vous voulez joindre. Par exemple, vous voulez rajeunir votre auditoire ? Recrutez des jeunes à votre CA.
  • Votre conseil d’administration devrait être composé de personnes aux expériences et aux habiletés complémentaires, utiles à votre organisme.
  • La composition du CA devrait se renouveler en fonction de l’évolution et des priorités de votre organisme.
  • Les personnes qui siègent à votre conseil d’administration devraient être bien branchées et capables de vous ouvrir des portes auprès de partenaires et de publics potentiels.
  • Ces personnes doivent être engagées, d’abord et avant tout, envers le succès de votre organisme. Cela signifie qu’elles acceptent d’agir comme vos ambassadrices auprès de leurs propres réseaux. Elles font la promotion de vos activités et vous aident à vendre vos billets, abonnements et produits. 

Il est entendu que les tâches d’un CA ne se limitent pas nécessairement à cette énumération. Mais dans le monde des arts et de la culture, une personne qui siège à un CA qui ne contribue pas à votre rayonnement ni à l’atteinte de vos objectifs est, hélas, inutile.

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires ou des bons coups de votre conseil d’administration.

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Denis J. Bertrand

 

Comment intéresser les jeunes à la musique classique

Le 22 mai 2012

Le chef d’orchestre américain David Zinman (photo) a trouvé une formule pour intéresser les 16 à 30 ans à la musique classique :

  • Il a pris le temps d’abord de se renseigner sur les raisons pourquoi les jeunes gens assistent peu aux concerts de musique classique. Il a découvert que les jeunes ne se reconnaissent pas dans les publics courants des orchestres symphoniques. Les jeunes sont à la recherche d’activités rassembleuses qui leur  ressemblent. Ils veulent sortir aussi sans être accompagés de leurs parents. 
  • M. Zinman a donc créé des concerts présentés à 22 h les vendredis soirs auxquels les jeunes peuvent assister sans leurs parents. Les musiciens portent des tenues décontractées, similaires à celles des jeunes. Le chef d’orchestre adresse la parole à quelques reprises à son jeune public pendant le concert. Celui-ci est suivi d’une danse qui se termine vers 4 h du matin. Le concert et la danse deviennent ainsi des occasions de socialisation. 

Que faut-il retenir de l’expérience de M. Zinman ? Il n’a pas cherché à imposer une activité quelconque à la jeune clientèle qu’il visait. Il a pris le temps de se renseigner sur les attentes des jeunes et adopté une approche susceptible de leur plaire. Avec succès, semble-t-il. 

Denis J. Bertrand

 

Les musées et la promotion bouche-à-oreille

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Le 21 mai 2012

Bonne fête des Patriotes !

La plus récente édition du International Journal of Arts Management (printemps 2012 ; page couverture ci-contre) contient un article intéressant sur l’importance que les musées devraient accorder à la promotion bouche-à-oreille par rapport aux approches promotionnelles traditionnelles. On y apprend que les recommandations d’autrui sont une des principales raisons pourquoi les gens fréquentent les musées. Les références en provenance d’amis et de connaissances réduisent les appréhensions des gens qui ne visitent pas ou peu les musées. L’auteure de l’article leur propose d’avoir recours aux médias sociaux les plus populaires (Facebook, Twitter et YouTube) pour amplifier l’impact du bouche-à-oreille et d’y être proactifs plutôt que passifs. Ainsi, elle suggère notamment aux musées :

  • De mettre à jour leurs statuts fréquemment ;
  • D’y raconter des histoires à l’aide de photos et de capsules vidéo ;
  • D’encourager les interactions en ligne en organisant des concours ou des sondages, de même qu’en posant des questions au public. 

Ce faisant, les musées pourront mieux répondre à la concurrence de leurs pairs et d’autres organismes artistiques.           

Denis J. Bertrand

 

Découvrez la muséologie participative

Le 17 mai 2012

Le quotidien Le Devoir a publié la fin de semaine dernière un texte sur les musées du vingt-et-unième siècle qui feront appel à la muséologie participative pour joindre un plus grand nombre d’adhérents et de visiteurs. 

Oubliez l’idée d’un musée figé entre quatre murs. À l’ère d’Internet et de l’interactivité tous azimuts, (…) les musées du futur devront plonger dans la mare de la participation, quitte même à laisser visiteurs et créateurs mettre la main au contenu de leurs expositions.      

(…)

Longtemps centrés sur les objets et les connaissances, les musées doivent sortir de leurs cocons pour permettre l’échange réel avec le public. (…) Les musées doivent répondre au vent de démocratisation qui souffle sur le reste de la société. “Il faut que les musées acceptent de ne plus avoir le monopole du discours. Le conservateur doit accepter de partager sa place pour laisser la parole à d’autres.”

L’auteure de l’article, Isabelle Paré, donne en exemple le musée amérindien de Washington qui a intégré des leaders de diverses communautés autochtones à ses comités scientifiques, de même que des musées français qui font appel à des associations communautaires et qui invitent le public à contribuer à des expositions. 

Si le sujet de la muséologie participative vous intéresse, je vous recommande la lecture des ouvrages suivants : The Participatory Museum, de Nina Simon, et Museums, Equality and Social Justice, de Richard Sandell et Eithne Nightingale. Ce sont des lectures qui devraient intéressées aussi les responsables de galeries d’art et de lieux d’exposition. 

Denis J. Berrtrand

 

Le public en vedette

Le 16 mai 2012 ; mise à jour : le 7 juin 2012

Un orchestre de musique classique britannique (Orchestra of the Age of Enlightenment) innove en mettant en vedette des membres du public et quelques-uns de ses musiciens dans sa nouvelle brochure de saison. Vous pouvez jeter un coup d’oeil à quelques-unes des photos qui paraissent dans la brochure ici. Le directeur des communications de l’orchestre explique que “nous voulons créer des liens entre les membres du public et les musiciens. Donc, nous les mettons tous deux en valeur.” Pour en savoir plus, cliquez ici et ici.

Denis J. Bertrand

 

Le développement de public et la participation culturelle : des alliés plutôt que des concurrents

Le 11 mai 2012

J’ai participé récemment à une courte conversation en ligne sur la complémentarité et les différences entre le développement de public pour les arts et la participation culturelle (aussi appelée “implication de l’auditoire” et “engagement dans les arts”). Lorsque je parle de “développement de public”, je fais souvent référence à cette définition du Conseil des Arts du Canada. D’autre part, la “participation culturelle” comprend autant la pratique que la consommation des arts par le public (pour en savoir plus à ce sujet, cliquez ici et ici). L’échange auquel j’ai fait référence au départ m’a permis d’accéder à une réflexion intéressante sur la participation culturelle du point de vue d’artistes professionnels. Pour l’auteur Michael Rohd, l’engagement dans les arts est une bonne chose pour le milieu professionnel si cela permet de joindre de nouveaux publics, d’approfondir leur expérience artistique, de faire preuve d’innovation dans la présentation des arts et de jeter des ponts avec la communauté. Il invite donc ses pairs à se questionner sur leurs motiviations d’adhérer ou non au concept de la participation culturelle : 

  • Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?
  • Quel impact notre travail a-t-il sur le public ?
  • Nous engageons-nous dans le domaine de la participation culturelle parce que nous croyons aux retombées engendrées par la pratique des arts dans notre communauté ?
  • Percevons-nous la particiaption culturelle comme un rendez-vous, une aventure ou un engagement ?
  • Faisons-nous du développement de public, de communauté ou d’artistes ? Ou tous les trois ?
  • L’engagement artistique est-il partie prenante de notre processus de création ?

Ces questions, parmi d’autres, sont d’excellents points de départ pour tout organisme artistique qui veut explorer le concept de la participation culturelle. 

Pour ma part, je crois que l’engagement artistique et la médiation culturelle (une proche parente) sont des composantes du développement de public pour les arts. Tout ce qui contribue activement à un rapprochement entre des artistes, des praticiens amateurs et le public est profitable au rayonnement, au soutien et à la consommation des arts.    

Comme toujours, vos points de vue sur ces questions sont les bienvenus !

Denis J. Bertrand

 

Tendance dans le domaine de l’édition : le public détermine ce qu’est un succès de librairie

Le 10 mai 2012

Le Salon du livre du Grand Sudbury (où j’habite) ouvre ses portes aujourd’hui. Le moment semble indiqué pour parler de tendances dans le domaine de l’édition liées au développement de public. Le magazine The Economist mentionne qu’à l’ère des médias sociaux, c’est maintenant le public qui détermine ce qui constitue un succès de librairie (best-seller) plutôt que les éditeurs.

Les lecteurs ont plus d’influence qu’auparavant. Les éditeurs pouvaient décider autrefois quels ouvrages allaient être des best-sellers en inondant les librairies avec leurs choix. Les fusions de chaînes de librairies leur ont facilité la tâche. Mais aujourd’hui, les lecteurs ont recours aux médias sociaux pour critiquer les offres des éditeurs. En retour, ce partage de commentaires en ligne (promotion bouche à oreille) favorise parfois des auteurs et des ouvrages moins connus. (…) Aujourd’hui, un best-seller doit plaire aux jeunes (qui ont recours aux médias sociaux pour en parler) et aux femmes (qui sont de grandes lectrices).

Cette référence aux femmes comme étant un des principaux publics pour les éditeurs s’inscrit dans une tendance de consommation des arts dont j’ai déjà parlé ici.

Pour en revenir au thème de ce billet, le quotidien britannique The Guardian recommande aux auteurs (et aux éditeurs) de créer et de cultiver des communautés d’adeptes (et de lecteurs) pour réussir.    

Tout auteur qui ne peut répondre à la question “Pour qui est-ce que j’écris ?” a intérêt à remiser son stylo et son papier afin de se trouver un emploi dans un centre d’appels. De nos jours, les communautés d’admiratrices et d’admirateurs sont les seules juges de ce qui est bon. Les auteurs à succès seront ceux (et celles) qui seront en contact quotidiennement avec leurs adeptes. Parce que si vous n’êtes pas capable de vous associer à vos lecteurs, pourquoi ceux-ci devraient-ils vous porter aux nues ?

Cette réflexion a inspiré sans doute certains auteurs qui ont décidé d’avoir recours aux médias sociaux pour échanger avec leurs admirateurs.

Je remercie mon collègue Henry Goegan qui m’a parlé de l’article du Economist.

Denis J. Bertrand