Mon bilan de l’année 2012

Le 21 décembre 2012

Fin d’année oblige, l’heure est au bilan. Je vous offre donc le mien dans le domaine du développement et de la fidélisation des publics pour les arts. 

  1. L’heure est au dialogue : avec les compressions budgétaires annoncées au Conseil des arts du Canada (CAC) et au Conseil des arts de l’Ontario (CAO), le plafonnement du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ — ce qui équivaut à une diminution, ne nous leurrons pas) et les défis que des instances similaires doivent relever ailleurs au Canada, il me semble que les organismes artistiques et culturels doivent se concerter pour trouver des solutions novatrices au manque à gagner gouvernemental. Ces échanges doivent inclure, mais aussi aller au-delà de la représentation politique. La créativité doit primer. J’appuie le financement public des arts. Cependant, il est clair que la situation économique ne favorise pas pour l’instant une augmentation des investissements dans le domaine. Entre temps, les coûts de production, de diffusion et de tournée ne cessent de croître. On peut le déplorer ad nauseam ou trouver des solutions. Certaines d’entre elles émaneront de collaborations plus étroites entre les organismes, les lieux de diffusion, les artistes et les disciplines. D’autres proviendront d’un rapprochement avec les publics consommateurs d’arts et de culture et des personnes aptes à en consommer davantage. Ce sont les gens qui vous connaissent et vous apprécient qui vous appuieront. Le salut ne vient pas de personnes qui ignorent votre existence ou vous méconnaissent.       
  2. La participation culturelle : à l’instar au CAO, le CAC a pris le virage de la participation culturelle. Ce concept nous provient des États-Unis. La participation culturelle (ou l’engagment du public) ne se limite pas à la production et à la consommation des arts professionnels. Elle comprend aussi la pratique des arts par les citoyennes et les citoyens, pratique personnelle (jouer d’un instrument seul ou avec des amis, peindre ou sculpter à la maison ou ailleurs, etc.) ou organisée (adhérer à une chorale, suivre un cours d’art, etc.). Elle s’étend également à la création et à la diffusion d’œuvres par des artistes amateurs et professionnels à l’aide des nouvelles technologies de communication. L’intérêt des conseils des arts pour la participation culturelle se situe principalement à deux niveaux : a) ils veulent encourager un rapprochement entre les praticiens amateurs et professionnels, afin de permettre aux premiers d’approfondir leurs connaissances et leur appréciation des arts et aux seconds de joindre de nouveaux publics ; b) ils veulent démontrer à la population et aux décideurs que les arts ne sont pas l’apanage d’une élite, que les arts et la culture sont présents dans la vie quotidienne des gens. Le Conseil des arts du Canada a invité le milieu artistique à discuter de la question. Les réactions du milieu sont plutôt tièdes pour l’instant. Je l’invite pourtant à dialoguer avec le CAC afin que l’engagement manifeste du Conseil envers la participation culturelle tienne compte des intérêts et des points de vue des artistes et des organismes. 
  3. N’ignorez pas les tendances sociodémographiques : les populations québécoise et canadienne vieilissent et leur renouvellement passe et passera principalement par l’accueil de citoyennes et de citoyens en provenance d’autres contrées. Ce ne sont pas nécessairement de mauvaises nouvelles pour les arts et la culture. C’est souvent en vieillissant que les gens s’intéressent davantage aux arts. Ils ont alors le temps et les moyens d’en consommer. Par contre, la diversification de la population signifie que les organismes ou les artistes qui créent pour des publics essentiellement blancs de souche européenne seront confrontés à des défis au niveau de leur capacité de desservir une population hétérogène. Pour éviter de ressembler à des clubs à l’adhésion limitée, les artistes et les organismes devront se familiariser avec ces nouvelles communautés afin qu’elles s’intéressent à leurs produits et à leurs activités. Au besoin, ils devront même revoir la nature de leur offre. 
  4. Joindre les jeunes publics : je dis souvent que le rajeunissement des publics est le Saint-Graal du développement de publics. J’ai beaucoup parlé de cette question sur ce blogue en 2012, en vous faisant part d’études portant sur la question et de stratégies mises en place un peu partout en Occident pour intéresser les jeunes (16 à 30 ans) aux arts. Il faut savoir que ce sont des consommateurs, mais qu’ils consomment en fonction de leurs intérêts et de leurs valeurs et non des vôtres. Vous voulez les joindre ? Parlez-leur. Écoutez-les. Adaptez-vous.
  5. Votre principal outil de marketing – le bouche-à-oreille : que vous soyez à New York, Toronto, Montréal, Vancouver, Moncton ou Sudbury, c’est d’abord le bouche-à-oreille qui vous attirera de nouveaux clients. C’est ce que les gens racontent à votre propos qui a le plus d’influence sur autrui, plus qu’une annonce, une affiche ou une critique. Vous voulez que les gens parlent en bien de vous ? Parlez-leur en établissant des liens entre vos valeurs, vos intérêts et les leurs. Sollicitez leur appui et remerciez-les. Gardez contact avec eux au-delà d’un événement, d’un achat, d’une saison. Traitez-les comme des alliés, des confidents plutôt que des portefeuilles ambulants. Et offrez-leur le meilleur produit qui soit dans une environnement propice à sa consommation et à des interactions entre eux et vous.
  6. Mettez votre conseil d’administration au travail : ça fait déjà quelques années que j’anime des ateliers ou travaille au développement de stratégies de développement de publics (notamment en compagnie de ma collègue Diane Chevrette depuis un peu plus d’un an) pour une variété de clients un peu partout au Québec et au Canada. Je suis toujours surpris d’apprendre que les membres des conseils d’administration (CA) contribuent très peu à la promotion des organismes qu’ils dirigent ou à l’atteinte de leurs objectifs de ventes. Oui, ils formulent un tas de recommandations dans une foule de domaines et exercent une diligence raisonnable sur la gestion des organismes, mais leur apport se limite souvent à cela. Si ça se passe comme ça chez-vous, il est temps que ça change. Vos membres de CA sont vos principaux ambassadeurs auprès de la communauté que vous desservez. Ils doivent assumer ce rôle en profitant d’occasions publiques et privées pour parler de vous auprès des membres de leurs réseaux personnels et professionnels. Ils doivent être en mesure de vous ouvrir des portes pour que vous puissiez rencontrer de nouveaux clients, de nouveaux publics, de nouveaux partenaires possibles. Ils doivent relever leurs manches et vous aider à vendre vos produits, vos billets et vos abonnements. Le développement de publics est un sport d’équipe. Celle-ci comprend les membres de votre CA.
  7. Fidélisez vos publics : 80 % des gens qui assistent pour la première fois à un événement artistique ne renouvellent pas l’expérience. Ces personnes se présentent à un lieu de diffusion, se perdent dans la masse, méconnaissent l’emplacement, ne reçoivent aucun accueil digne de mention. Peu importe la qualité de votre produit, si vous ne vous occupez pas des nouveaux venus, vous ne les reverrez pas de sitôt. Puis, il y a ces personnes qui se présentent souvent à vos activités ou achètent régulièrement vos produits. Les remerciez-vous de leur appui ? Les récompernsez-vous pour leur assiduité ? Prenez soin de vos consommateurs les plus fidèles. Occupez-vous des consommateurs occasionnels et des personnes qui vous découvrent. Investissez dans un programme de fidélisation. Il pourrait s’agir d’une solution aux défis budgétaires évoqués précédemment. 

Sur ce, je m’apprête à prendre quelques jours de vacances. Je réanimerai mon blogue en janvier 2013. D’ici là, je vous souhaite de passer de joyeuses fêtes !

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Denis J. Bertrand

 

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