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Même les gens qui travaillent dans le milieu des arts n’ont pas toujours le temps d’en consommer

Le 20 janvier 2015

Je participais, la fin de semaine dernière, au marché du spectacle de l’Ontario français, Contact ontarois, organisé par Réseau Ontario. Les diffuseurs et les artistes qui y assistaient se sont prêtés à un exercice au cours duquel ils devaient répondre aux questions suivantes :

  • Quel est le facteur le plus important qui vous motive à assister à un spectacle ?
  • Quel est le facteur le plus important qui vous empêche d’assister à un spectacle ?

Voici leurs réponses :

Motivations

  • La surprise
  • L’accès à de l’information sur les artistes
  • La qualité du spectacle et ce qu’on en dit
  • L’expérience offerte
  • Une offre diversifiée
  • Une promotion efficace et ciblée, diffusée adéquatement
  • La participation du public
  • Les émotions liées au spectacle

Empêchements

  • L’accessibilité (selon la nature du spectacle ou l’endroit où il est présenté)
  • Le manque de temps ou l’investissement de temps requis
  • Les coûts

Ces réponses se comparent avantageusement aux résultats d’une étude récente sur ces questions.

J’espère maintenant que les personnes concernées se rappelleront des motivations qu’elles ont évoquées et s’en serviront auprès de leurs clientèles. Pour ce qui est des empêchements, il y a moyen de rémédier à ces derniers, mais lorsque des gens qui travaillent dans le milieu des arts et de la culture évoquent de tels défis, on comprend que le public puisse en faire autant.

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Denis J. Bertrand

 

Comment répondre aux défis liés au développement des publics au 21e siècle (2 de 2)

Le 19 janvier 2015

La compagnie de danse contemporaine Dancemakers, de Toronto, travaille à la mise sur pied d’un centre de création qui accueillera trois chorégraphes pendant trois ans, période pendant laquelle ces artistes pourront se consacrer entièrement à leur travail et y présenter leurs œuvres, tout en côtoyant leurs pairs. De plus, le centre offrira des activités qui auront pour but de familiariser davantage le public avec la danse par l’entremise de discussions avec les artistes, de formations, d’avant-premières et d’événements «portes ouvertes». Selon une des responsables de cette initiative, Emi Forster :

Lorsque vous jetez de la lumière sur le processus créatif, vous permettez au public d’acquérir un vocabulaire qu’il peut utiliser pour s’exprimer et mieux comprendre ce qu’on lui propose. En accueillant les gens au cours du processus et dans notre lieu, nous démystifions la danse.

L’approche préconisée par Dancemakers n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit plutôt dans une tendance déjà présente en Europe et qui fait son petit bonhomme de chemin ici, soit rendre les arts plus accessibles en éliminant les obstacles qui nuisent à leur rayonnement auprès d’un plus grand nombre de gens.

Avec le plafonnement du financement public, les artistes et les organismes artistiques ne peuvent plus travailler dans une bulle. Ils ont besoin d’alliés, au-delà des bailleurs de fonds gouvernementaux. Ces nouveaux alliés se trouvent dans leur entourage, dans les communautés où ils sont installés et qu’ils desservent. Attention : je ne dis pas que les artistes doivent sacrifier leur intégrité pour plaire à tous et chacun. J’affirme plutôt qu’ils ont intérêt à ouvrir une fenêtre sur leur processus créatif afin d’y laisser rentrer le public, pour les raisons évoquées par Dancemakers. Les organismes artistiques peuvent en faire autant en parlant de leur fonctionnement, de leur évolution, de leurs réalisations et des défis qu’ils doivent surmonter.

Le 21e siècle appartiendra aux créateurs et aux organismes qui s’adapteront aux nouvelles réalités au lieu de les combattre, qui feront preuve d’ouverture au lieu de travailler en secret, qui initieront un dialogue soutenu avec le public au lieu de l’ignorer. Voici venu le temps d’expérimenter, d’essayer de nouvelles choses. Le public n’attend rien de moins de la part de gens créatifs. Vous ne savez pas où commencer? Consultez vos publics, parlez aux personnes qui ne vous fréquentent pas, échangez avec vos pairs, vos partenaires et vos collaborateurs. Ils auront des suggestions pour vous, c’est certain.

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Denis J. Bertrand

 

Comment répondre aux défis liés au développement des publics au 21e siècle (1 de 2)

Le 14 janvier 2015

J’entreprends aujourd’hui la rédaction de deux billets successifs dans lesquels je vous parlerai de réflexions en cours dans le milieu des arts pour rendre ces derniers plus pertinents et plus accessibles à un plus grand nombre et à une plus grande diversité de gens en 2015 et au-delà. J’y mettrai aussi mon grain de sel.

Polly Carl (photo) est l’ancienne directrice artistique du Steppenwolf Theatre de Chicago. Elle dirige un centre de théâtre au Emerson College de Boston où elle s’intéresse à la pratique du théâtre au 21e siècle. Elle témoigne dans un billet récent d’une réflexion qu’elle a entreprise, il y a quelque temps déjà, avec son collègue David Dower, directeur des programmes artistiques du collège, sur l’accessibilité des arts en général et du théâtre en particulier.

Voici ce que j’en ai retenu:

  • Comment rendre le théâtre (ou d’autres disciplines) accessible à la fois aux artistes et au public?
  • Le théâtre s’adresse-t-il à une minorité d’amateurs (malgré les bonnes intentions des producteurs)?
  • Comment rendre les compagnies de théâtre et les lieux de diffusion plus inclusifs, plus accessibles?
  • Il faut d’abord définir les valeurs de la compagnie ou de l’organisation en affirmant, par exemple, que ses activités s’adressent à tous et en prenant des décisions en fonction de cette déclaration.
  • Cette notion « d’accessibilité » s’étend à la gérance des lieux (sont-ils accueillants? Êtes-vous accueillants? Qui y est bienvenue?), à la diversité sous toutes ses formes (dans l’équipe de gestion, sur scène et dans la salle), à la quête de l’excellence artistique et d’une conscience sociale (elles ne sont pas mutuellement exclusives), à une adhésion à part entière à la communauté, au quartier ou à la ville où on travaille, à un engagement à contribuer à cette communauté au-delà de l’offre de privilèges à quelques-uns et à tendre la main aux non-consommateurs.

Mme Carl aborde deux thématiques récurrentes dans les réflexions en cours:

  • Celle de la diversité des sociétés nord-américaine et occidentale composées de populations aux provenances et aux cultures variées. Les organismes artistiques monochromes et «monoculturels» qui desservent des artistes et des publics qui le sont tout autant ne peuvent s’attendre à ce que des membres d’autres communautés les fréquentent en grand nombre. Ces derniers doivent se reconnaître dans ces organisations et leurs activités ou ils les ignoreront. Gardez en tête que l’augmentation de la population canadienne passe, entre autres, par l’immigration.
  • Celle de l’engagement local, de l’appartenance manifeste des artistes et des organisations artistiques aux communautés dans lesquelles ils vivent et travaillent, au-delà des communautés artistiques auxquelles ils appartiennent. En ces temps de compressions budgétaires gouvernementales et de nécessité de diversifer les revenus et de rejoindre de nouvelles clientèles, la formulation de solutions doit d’abord se faire au niveau local. Ces solutions risquent d’être liées à la création de nouveaux partenariats, à l’établissement de nouveaux rapports et à la mise en œuvre de stratégies locales, plutôt que provinciales, territoriales ou nationales.

Ces deux thématiques peuvent être synonymes de changements importants au fonctionnement de plusieurs organismes artistiques, mais que voulez-vous? Il faut bien être de son temps.

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Denis J. Bertrand