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#jaimelethéâtre

Le 21 novembre 2014

Pour contrer la morosité qu’ont entraîné des réductions récentes dans le financement public des arts, des compagnies de théâtre britanniques ont lancé, le 19 novembre dernier, la journée #LoveTheatre.

L’initiative avait pour but de permettre aux artisans et aux amateurs de théâtre de partager leur affection pour leur art de la scène favori, notamment par l’entremise des médias sociaux et de Twitter en particulier. Se sont ajoutés à ces gazouillis d’amour des visites des coulisses de certains théâtres et des rencontres entres artistes et spectateurs.

Selon le quotidien The Guardian, 40 000 gazouillis ont été rédigés en appui à cette campagne et plus d’une vingtaine d’articles ont été publiés à son propos par les médias traditionnels. Voilà d’excellents résultats pour une première tentative.

L’initiative pourrait être reprise ici à l’aide du mot-clic que je propose en guise de titre à ce billet. Il est entendu qu’une telle activité peut s’étendre à d’autres disciplines artistiques, comme ce fut le cas pour le livre récemment.

Enfin, il ne faut pas confondre #LoveTheatre avec la Journée mondiale du théâtre. La première initiative se veut une célébration populaire, tandis que la seconde revêt souvent un caractère plus protocolaire (ex., diffusion d’un message international pour souligner cette journée).

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Denis J. Bertrand

 

La diversification des publics : un défi qu’il faut relever maintenant

Le 12 novembre 2014

Ma collègue Diane Chevrette et moi animions, vendredi dernier, une formation sur le développement de publics pour le Conseil québécois du théâtre (CQT). Des membres montrélais du CQT y participaient. Parmi les arguments que nous avons avancés pour justifier la mise en place de stratégies dans ce domaine, il y avait celui de la diversification de la population locale.

En effet, selon les Perspectives démographiques du Québec et des régions, 2011-2061, produites par l’Institut de la statistique du Québec, la population de la métropole québécoise passera de son seuil courant de 1,92 million d’habitants (2011) à 2,24 millions d’habitants en 2036, soit une hausse de 17 %. Une part importante de cette augmentation viendra de l’immigration en provenance, entre autres, de l’Algérie, du Maroc, de la Chine et de la France.

Pendant ce temps, les membres de la Génération Y, soit les 18-34 ans, sont au nombre des publics les plus prisés par les organismes artistiques. Ils sont perçus comme un public actuel à rejoindre et à un public à fidéliser pour l’avenir. Mais il s’agit aussi de la génération la plus diversifiée au point de vue ethnique. J’en sais quelque chose puisque je suis chargé de cours à l’Université de Sudbury. Mes classes comprennent un fort contingent d’étudiants issus ou dont les parents sont issus de l’immigration.

Pendant ce temps, une étude récente sur la fréquentation des arts au Canada a rélévé que la fréquentation du théâtre est                 significativement inférieure par les minorités visibles, les immigrants, les autochtones et les Canadiens ayant une incapacité.

Lorsque nous avons indiqué aux participants à la formation que les compagnies de théâtre montréalaises devaient tenir compte de cette diversification de la population au moment de préparer leurs stratégies de développement de publics, ce constat a soulevé quelques discussions. Par exemple, les efforts requis pour rejoindre ces nouvelles clientèles porteront-ils atteinte à la liberté d’expression des artistes et des compagnies? Je crois que les artistes doivent créer sans contraintes. Par contre, les compagnies productrices (ou les diffuseurs) ont la responsabilité de s’assurer qu’il y ait des gens dans la salle. Il en va non seulement de leur avenir à court terme, mais à long terme.

À mon avis, ne pas tenir compte de la diversification de la population constitue un risque. En effet, les compagnies doivent répondre à cette question soulevée lors de la plus récente conférence du National Arts Marketing Project : votre organisation dessert-elle une congrégation fermée (blanche, de souche européenne) ou est-elle accessible à une variété de publics issus de la diversité?

Le milieu théâtral de Montréal n’est pas le seul confronté au défi de l’inclusion. Il s’agit d’un défi occidental. Nos voisins américains s’intéressent beaucoup à cette question. La James Irvine Foundation, basée en Californie, a pour mission de créer des occasions favorables à la participation inclusive et sociale de tous les résidants de l’état. Elle a publié en juillet dernier une étude sur les arts et la diversification des publics. On y apprend que les organisations qui ont réussi à diversifier leurs clientèles ont les caractéristiques suivantes :

  • Elles ont intégré la diversification à leur mission. Cette volonté est manifeste dans toutes les composantes de leur travail.
  • Elles sont dirigées par des personnes qui souscrivent à cette mission (employés, membres du conseil d’administration, etc.). Ces gens sont prêts à prendre les risques et à établir les relations nécessaires au succès de la mission.
  • Ces organisations adhèrent au changement. Elles savent qu’elles devront revoir constamment leurs procédés pour offrir des expériences qui faciliteront l’intégration et la diversification des clientèles.
  • Ces changements peuvent comprendre des aménagements à leurs bureaux ou à leur lieu de diffusion pour les rendre plus acessibles et plus accueillants aux clientèles visées.
  • Ces organisations prennent le temps de se renseigner sur les intérêts et les préoccupations de leurs publics. Elles respectent ces derniers et établissent avec eux des relations mutuellement avantageuses.
  • Les organisations comprennent que leurs nouvelles clientèles doivent se reconnaître dans leur travail, dans leurs œuvres. Ces transformations peuvent s’effectuer sur une certaine période de temps et être soutenues par un dialogue constant avec les publics issus de la diversité.
  • Les personnes responsables de ces organisations évaluent leur travail et mesurent leur progression. Elles corrigent le tir s’il y a lieu.
  • Les organisation ont intégré en permanence la diversification de leurs publics dans leurs mécanismes de planification et de gestion.

Pour celles et ceux qui croient que leur offre courante n’a pas besoin d’être changée pour diversifier leurs publics, je les invite à lire cet ancien billet.

Peu importe où que vous soyez au Québec ou au Canada, je vous suggère d’entreprendre une réflexion sur la la diversification de vos clientèles très prochainement. Les tendances notées à Montréal sont valables ailleurs. Votre avenir se planifie aujourd’hui.

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Denis J. Bertrand